Vous avez enfin fait réaliser une dératisation complète chez vous… mais une odeur d’urine de rat ou de souris persiste. C’est l’un des points les plus frustrants après une infestation : même sans rongeurs, l’odeur reste, agressive, acide, tenace. Et elle ne disparaît pas d’elle-même.
En tant que spécialiste en biologie urbaine, je peux vous le dire : un bon traitement anti-odeur se prépare comme une véritable opération. On ne se contente pas de “masquer” l’odeur, on la traite à la source, chimiquement et biologiquement.
Dans cet article, je vous explique, étape par étape, les méthodes professionnelles pour supprimer durablement l’odeur d’urine de rat et de souris après une dératisation complète.
Pourquoi l’odeur d’urine de rat est-elle si difficile à éliminer ?
L’urine de rat n’est pas juste de “l’eau sale”. C’est un cocktail très concentré de :
- urée et ammoniaque (ce qui donne cette odeur piquante qui prend à la gorge)
- protéines et acides organiques
- bactéries et champignons
- phéromones de marquage (odeurs destinées aux autres rats)
Les rats marquent leur territoire en permanence. Sur leurs lieux de passage, derrière les plinthes, dans les combles, au-dessus des plafonds, on retrouve des traînées d’urine séchée qui, réactivées par l’humidité, se remettent à sentir très fort.
Deux problèmes majeurs :
- Les matériaux poreux (bois brut, laine de verre, cartons, textiles, plâtre) absorbent l’urine comme une éponge.
- Les composés odorants se lient chimiquement aux surfaces : un simple passage de serpillière ne peut pas les éliminer complètement.
Résultat : même après la disparition des rongeurs, l’odeur subsiste pendant des semaines, voire des mois, si rien n’est traité correctement.
Avant de traiter l’odeur : vérifier que la dératisation est vraiment terminée
Première règle de pro : on ne traite jamais sérieusement les odeurs tant qu’on n’est pas certain que l’infestation est terminée.
Pourquoi ? Parce que :
- Si des rats sont encore présents, ils continuent d’uriner et d’entretenir l’odeur.
- Un rat mort caché dans un doublage ou un faux plafond va produire une odeur encore plus forte que l’urine.
Les professionnels s’assurent de la fin d’infestation avec :
- un contrôle visuel des points de passage
- la vérification de la consommation des appâts (si traitement chimique)
- l’absence de nouveaux bruits nocturnes, crottes fraîches, dégâts récents
- éventuellement des plaques de suivi ou pièges de contrôle
Si vous avez un doute (bruit derrière les murs, nouvelles crottes, odeur qui empire soudainement), le plus sage est de refaire un contrôle dératisation avant de vous lancer dans un gros nettoyage.
Localiser précisément les zones contaminées par l’urine
Pour traiter comme un spécialiste, il faut d’abord savoir où agir. Les odeurs de rongeurs se concentrent généralement dans :
- les combles et greniers
- les faux plafonds
- les gaines techniques et autour des conduits
- les arrière-cuisines, celliers, caves
- les zones derrière les meubles de cuisine, frigos, machines à laver
Quelques indices pour repérer les zones les plus contaminées :
- Trainées grasses le long des plinthes, poutres, tuyaux : mélange de sébum, d’urine et de poussière.
- Crottes nombreuses au même endroit : nid ou zone de repos.
- Isolation souillée dans les combles : laine de verre ou laine de roche jaunie, tassée, très odorante.
- Odeur plus forte en approchant certaines parois ou fissures.
Les professionnels n’hésitent pas à ouvrir un bout de doublage ou de plafond si nécessaire, notamment en cas de forte odeur localisée. Chez vous, si la source semble venir d’un endroit inaccessibles, faites-vous accompagner : casser à l’aveugle est rarement une bonne idée.
Les erreurs fréquentes qui aggravent l’odeur
Avant de passer aux bonnes méthodes, voici ce qu’il vaut mieux éviter :
- Utiliser de l’eau de Javel pure partout : elle désinfecte, certes, mais ne neutralise pas vraiment les molécules odorantes, et peut les “fixer” dans certains matériaux. Mélangée à de l’ammoniaque (présent dans l’urine), elle produit des gaz irritants.
- Multiplier les désodorisants chimiques et bougies parfumées : l’odeur est masquée quelques heures, mais la source reste active. Au final, on obtient un mélange “parfum + rat” souvent encore plus désagréable.
- Se contenter d’aérer : indispensable, mais insuffisant si les surfaces restent contaminées.
- Tenter de sauver à tout prix des matériaux très souillés : certaines laines d’isolation ou vieux cartons imbibés d’urine sont irréparables. On perd moins de temps et d’argent en les remplaçant.
Étape 1 : évacuer tout ce qui est irrécupérable
C’est la base d’une intervention professionnelle : avant de traiter, on dépose et on évacue les matériaux trop contaminés.
À retirer sans regret lorsqu’ils sont souillés :
- laine de verre / laine de roche des combles imbibée d’urine
- cartons, vieux tissus, matelas, moquettes très imprégnées
- papiers, cartons de stockage en cave ou grenier
Précautions minimales :
- porter des gants jetables et idéalement un masque FFP2
- placer les déchets dans des sacs épais bien fermés
- limiter la dispersion de poussières (ne pas secouer fortement dans la maison)
Cette étape paraît ingrate, mais elle fait souvent disparaître 50 % du problème d’odeur à elle seule.
Étape 2 : nettoyage mécanique approfondi
Une fois le “gros” retiré, on passe au nettoyage mécanique, c’est-à-dire tout ce qui consiste à enlever physiquement l’urine séchée, les crottes, les poussières contaminées.
Actions recommandées :
- Aspiration avec filtre HEPA des combles, plinthes, faux plafonds accessibles (crottes, poussière, débris).
- Brossage des surfaces très marquées : poutres, sol brut, bas de murs.
- Lessivage des surfaces lavables (carrelage, PVC, surfaces peintes) avec un détergent classique.
Pour les surfaces brutes (bois, béton, parpaing) :
- un brossage énergique à l’eau chaude et détergent aide à décrocher les sels d’urine
- on laisse sécher complètement avant de passer aux produits spécialisés
Cette étape est cruciale : les produits de neutralisation agissent beaucoup mieux sur une surface déjà débarrassée du “gros” de la contamination.
Étape 3 : désinfection ciblée des zones contaminées
Supprimer l’odeur ne suffit pas : l’urine de rat peut contenir des agents pathogènes (bactéries, leptospires, virus). Les professionnels appliquent donc un désinfectant homologué sur les zones identifiées.
Quelques principes :
- Utiliser un désinfectant de type AMM TP2 (usage sur surfaces en contact indirect avec l’homme), dilué selon les préconisations.
- Appliquer en pulvérisation basse pression, en évitant les surdosages et les ruissellements dans les isolants.
- Laisser agir le temps de contact indiqué (souvent 15 à 30 minutes).
Cette étape réduit la charge microbienne, ce qui limite également certaines odeurs de décomposition bactérienne.
Étape 4 : neutralisation chimique et biologique des odeurs d’urine
La vraie différence entre un traitement “maison” et une intervention professionnelle se fait ici : on ne se contente pas de parfumer, on casse chimiquement les molécules responsables des odeurs.
On utilise pour cela :
Les neutralisants d’odeurs enzymatiques / microbiens
Ces produits contiennent des enzymes ou des micro-organismes non pathogènes qui dégradent progressivement :
- l’urée
- les protéines
- les acides organiques
Résultat : les molécules responsables de la mauvaise odeur sont transformées en composés inodores. Ce type de traitement est particulièrement adapté :
- aux surfaces poreuses (bois brut, béton, plâtre)
- aux anciennes zones de nidification
- aux recoins difficilement accessibles
Application typique :
- pulvérisation uniforme sur les zones identifiées comme contaminées
- respect du temps d’action (parfois plusieurs heures)
- parfois une seconde application quelques jours plus tard pour les cas lourds
Les oxydants inodores (peroxyde, etc.)
Certains professionnels utilisent également des produits oxydants doux (à base de peroxyde par exemple), qui :
- attaquent les molécules odorantes
- ont un effet désinfectant complémentaire
On évite en revanche les mélanges improvisés (Javel + autres produits) qui peuvent être dangereux et peu efficaces sur les odeurs installées.
Quand utiliser une nébulisation ou un traitement par brouillard ?
Dans des cas d’infestation importante (locaux professionnels, combles très souillés, grandes caves), on peut recourir à une nébulisation ou un brouillard sec de neutralisant d’odeur combiné à un désinfectant.
Intérêt :
- le brouillard atteint des zones peu accessibles (interstices, hauteurs, charpentes complexes)
- le produit se dépose en fine couche sur les surfaces contaminées
C’est une technique qui demande du matériel adapté et un produit spécifiquement formulé pour cet usage, d’où l’intérêt de passer par un professionnel pour ce type d’intervention.
Cas particulier : odeur persistante dans les combles et faux plafonds
Les combles sont les zones les plus fréquemment touchées et les plus difficiles à traiter. On y retrouve :
- des passages répétés de rats sur les solives et chevrons
- une isolation tassée, souillée d’urine et de crottes
- parfois des carcasses anciennes de rongeurs
Un protocole de spécialiste ressemble généralement à ceci :
- dépose partielle ou totale de l’ancienne isolation la plus contaminée
- aspiration complète avec filtre HEPA
- dépoussiérage/brossage des éléments de charpente
- pulvérisation d’un désinfectant puis d’un neutralisant enzymatique
- aération prolongée des combles
- remplacement par une isolation neuve (en veillant au colmatage des points d’entrée des rats avant)
Si l’odeur traverse le plafond et arrive dans les pièces de vie, c’est souvent que l’isolation est très souillée : la remplacer est souvent plus économique sur le long terme que de tenter de la “sauver”.
Faut-il faire appel à un professionnel pour traiter l’odeur ?
Tout dépend de la situation. Vous pouvez souvent gérer seul :
- un problème limité à un placard, un dessous d’évier, un petit local
- des surfaces accessibles et lavables
- une odeur modérée qui a déjà diminué après la dératisation
En revanche, l’aide d’un professionnel est vivement recommandée si :
- l’odeur est très forte et persistante, malgré un nettoyage de base
- elle semble provenir d’un mur, d’un plafond, d’une gaine technique
- il s’agit de combles, caves ou grandes surfaces souillées
- vous suspectez un rat mort introuvable
Un technicien spécialisé pourra :
- identifier précisément la source
- utiliser des produits professionnels non disponibles au grand public
- mettre en œuvre des techniques de pulvérisation, nébulisation, voire d’assainissement complet des combles
Combien de temps met l’odeur d’urine de rat à disparaître ?
Avec un traitement adapté, les premières améliorations sont souvent sensibles en 24 à 48 heures, mais la disparition complète peut prendre :
- quelques jours pour une infestation légère
- plusieurs semaines pour des combles ou caves très touchés, le temps que les matériaux sèchent complètement et que les neutralisants fassent leur œuvre en profondeur
Une légère “rémanence” d’odeur peut persister dans les zones peu ventilées. D’où l’importance :
- d’aérer régulièrement
- de maintenir une bonne ventilation (VMC fonctionnelle, grilles non obstruées)
- de surveiller l’absence de nouvelle activité de rongeurs
Prévenir le retour des odeurs (et des rats)
Traiter l’odeur sans traiter les causes, c’est repousser le problème. Pour que votre maison reste saine et sans nuisibles, quelques réflexes de base s’imposent :
- Colmater les points d’entrée : trous autour des canalisations, jours sous les portes, fissures dans les murs, grilles d’aération non protégées.
- Gérer les sources de nourriture : poubelles bien fermées, nourriture animale rangée dans des bacs hermétiques, aucun aliment laissé à l’air libre la nuit.
- Limiter les zones de refuge : débarras surchargés, piles de cartons, combles transformés en “grenier fourre-tout”.
- Surveiller régulièrement : un contrôle visuel tous les quelques mois dans les combles et caves permet de détecter rapidement une nouvelle activité.
Votre meilleur allié reste la combinaison : dératisation sérieuse + assainissement rigoureux + prévention. C’est à ce prix qu’on garde l’équilibre entre notre habitat… et la faune urbaine qui cherche, elle aussi, un endroit où dormir.
Si malgré vos efforts l’odeur persiste et vous empoisonne la vie, ne le prenez pas comme un échec personnel : certaines situations sont vraiment complexes, surtout dans les maisons anciennes ou les immeubles avec faux plafonds et gaines techniques. Dans ces cas-là, un spécialiste habitué aux nuisibles et à la biologie urbaine vous fera gagner du temps, de l’air sain… et quelques litres de produits ménagers inutiles.