On les entend avant de les voir. Un bourdonnement grave, persistant, qui semble sortir du sol. On pense d’abord à un simple insecte de passage… puis on se rend compte que le trafic ne s’arrête jamais. En regardant de plus près : un petit trou dans la pelouse, au pied d’un muret, sous une terrasse. Des allers-retours frénétiques. Le doute n’est plus permis : vous avez un nid de guêpes enterré.
En tant que dératiseur spécialisé dans les nuisibles urbains, je croise de plus en plus souvent ce type de nids. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une simple « gêne saisonnière ». Mal géré, un nid de guêpes souterrain peut vraiment gâcher un été… et parfois finir aux urgences.
Alors, quand est-ce qu’il faut faire intervenir un professionnel ? Pourquoi un dératiseur – qu’on imagine plutôt occupé avec les rats – est-il particulièrement bien placé pour ce genre d’intervention ? Et que pouvez-vous faire (ou ne surtout pas faire) avant sa venue ?
Un nid de guêpes enterré, à quoi ça ressemble vraiment ?
Un nid de guêpes au sol est souvent plus discret qu’un nid accroché sous un toit. C’est précisément ce qui le rend dangereux : on marche dessus avant de le repérer.
Les guêpes qui nichent sous terre utilisent souvent :
- d’anciens terriers de rongeurs (mulots, rats, campagnols, taupes) ;
- des cavités sous les dalles, les marches, les terrasses en bois ;
- des interstices dans les murets, talus, bordures de jardin ;
- les jointures de bord de piscine, abris de jardin, cabanons.
Vu de l’extérieur, on aperçoit :
- un ou plusieurs petits trous (parfois à peine plus gros qu’une pièce de 1 €) ;
- un ballet continu de guêpes entrant et sortant du même point ;
- parfois un léger dégagement de terre ou de sable autour de l’entrée.
On est loin de l’image du grand nid gris en forme de ballon. Pourtant, sous la surface, la structure peut être impressionnante, avec plusieurs centaines voire milliers d’individus au plus fort de la saison.
Pourquoi les guêpes adorent les anciennes galeries de rats et de rongeurs
C’est ici que mon métier de dératiseur rejoint celui de « désinsectiseur ». Les nids de guêpes enterrés sont très souvent liés à des galeries déjà présentes dans le sol, creusées par :
- rats ;
- mulots ;
- campagnols ;
- taupes ou autres petits mammifères.
Pour la guêpe, ces galeries offrent un combo gagnant :
- abri naturel déjà prêt, peu de travail d’excavation ;
- stabilité thermique et protection contre la pluie ;
- proximité des ressources (pelouses, fleurs, arbres fruitiers, terrasses avec nourriture humaine…).
Résultat : quand un terrain a été longtemps fréquenté par les rats ou autres rongeurs, il n’est pas rare que, quelques années plus tard, les mêmes galeries soient recyclées… par les guêpes. C’est aussi pour cela qu’un traitement global des nuisibles a du sens : contrôler les rats, c’est parfois aussi réduire les opportunités d’installation pour d’autres indésirables.
Les risques réels d’un nid de guêpes au sol
On minimise souvent le danger des guêpes en les confondant avec les abeilles, bien plus pacifiques. Pourtant, un nid de guêpes enterré présente plusieurs risques :
- Les piqûres multiples : marcher ou passer la tondeuse au-dessus de l’entrée du nid peut déclencher une attaque massive. Les guêpes, sentant leur colonie menacée, peuvent piquer plusieurs fois.
- Le risque allergique : même sans être allergique connu, plusieurs piqûres rapprochées peuvent déclencher une réaction grave (œdème, malaise, choc anaphylactique).
- Le danger pour les enfants : un enfant qui joue dans le jardin, un ballon qui atterrit au mauvais endroit… et la rencontre peut être violente. Les petits ne réagissent pas forcément assez vite pour s’éloigner.
- Les animaux domestiques : un chien curieux qui renifle le trou, ou un chat qui essaie d’attraper les guêpes en vol, peuvent vite se retrouver couverts de piqûres, notamment sur le museau.
- La proximité des zones de passage : nid près d’une porte, d’un escalier, d’un portail, d’une terrasse… Les risques d’interaction involontaire se multiplient.
Sur le terrain, il n’est pas rare que l’appel au professionnel arrive tard : « On vivait avec depuis deux mois, mais hier mon mari s’est fait piquer 7 fois en tondant… ». Dans ce cas, l’urgence n’est plus théorique.
Les signes qui doivent vous alerter
Faut-il appeler un pro au premier insecte trouvé dans le jardin ? Évidemment non. Mais certains signes doivent être pris au sérieux :
- Trafic intense et concentré : plus de 10 guêpes par minute qui entrent et sortent du même point au sol.
- Localisation problématique : nid au niveau d’un passage obligé (chemin, terrasse, abri de jardin, cour d’école, parking, aire de jeux, entrée d’immeuble…).
- Présence d’enfants ou de personnes fragiles : crèche, école, personnes âgées, personnes allergiques au sein du foyer.
- Activité prolongée : si, plusieurs semaines de suite, l’activité augmente, le nid prend de l’ampleur et devient plus difficile à traiter soi-même.
- Réaction agressive des guêpes : si elles sortent en masse dès que vous vous approchez à 2-3 mètres, la colonie est déjà très sensible.
Dans ces cas-là, l’intervention d’un professionnel n’est pas un luxe, c’est une mesure de sécurité.
Pourquoi faire appel à un dératiseur spécialiste des nuisibles pour un nid de guêpes ?
On pourrait se dire : « Guêpes = insectes, donc je dois appeler un désinsectiseur, pas un dératiseur. » En pratique, les choses sont plus nuancées. Les entreprises de lutte contre les nuisibles (comme celle que j’anime au quotidien) gèrent :
- les rongeurs (rats, souris, loirs, fouines…)
- les insectes rampants (cafards, fourmis, punaises de lit…)
- les insectes volants (guêpes, frelons, mouches…)
- certains animaux opportunistes (pigeons, fouines, mustélidés…).
Notre approche de « biologie urbaine » nous oblige à comprendre l’écosystème complet : si des guêpes occupent une ancienne galerie de rats, cela nous renseigne autant sur le passé du terrain que sur ses fragilités actuelles.
Faire appel à un dératiseur spécialiste des nuisibles pour un nid de guêpes enterré, c’est bénéficier :
- d’un diagnostic global : présence d’anciens terriers, risques de retour des rats, autres points d’entrées vers la maison, etc.
- d’une expertise du sous-sol : savoir lire les galeries, anticiper leur étendue, comprendre comment le nid s’est développé.
- d’une intervention raisonnée : adaptation du traitement au contexte (jardin familial, ferme, restaurant, copropriété, parc urbain…).
- d’un regard long terme : réduire les conditions attractives pour que le problème ne se répète pas chaque année.
Un nid de guêpes n’est jamais « juste un nid de guêpes ». C’est le symptôme d’un environnement favorable, qu’il faut analyser avec la même rigueur qu’une invasion de rats.
Ce qu’il ne faut surtout pas faire avec un nid de guêpes enterré
Les bonnes intentions mènent parfois aux pires bêtises. Sur le terrain, je tombe régulièrement sur :
- Des nids inondés : verser un seau d’eau, ou pire, un tuyau d’arrosage directement dans le trou. Résultat ? Les guêpes, en panique, ressortent par d’autres galeries et attaquent tout ce qui bouge.
- Des tentatives d’incendie : essence, alcool à brûler, allumettes… Outre le risque évident d’incendie du jardin, de la haie, du cabanon ou même de la maison, les guêpes ne meurent pas toutes et deviennent extrêmement agressives.
- Les coups de pelle : détruire mécaniquement l’entrée du nid en creusant. Vous fragmentez donc la structure, ouvrez d’autres galeries… et vous retrouvez entouré de guêpes furieuses.
- Les insecticides grand public mal utilisés : poudre balancée sans protection, bombe aérosol directement dans le trou en pleine journée… C’est la combinaison parfaite pour se faire piquer.
Si vous tenez vraiment à intervenir vous-même sur des petites colonies éloignées des zones de vie, la règle d’or reste : ne jamais improviser, toujours intervenir au crépuscule avec des protections adaptées… et savoir renoncer si l’activité est trop importante.
Comment se déroule l’intervention d’un professionnel ?
Une intervention sérieuse ne se résume pas à « jeter un produit dans un trou ». Voici les grandes étapes d’un traitement professionnel d’un nid de guêpes enterré :
- Repérage précis : observation du trafic, localisation de l’entrée principale… et des éventuelles entrées secondaires. Un nid au sol s’étend rarement en ligne droite.
- Identification de l’espèce : guêpes communes, guêpes germaniques, frelons ? On adapte produits, doses et techniques.
- Analyse de l’environnement : proximité d’un potager, d’un puits, d’une mare, de ruches, de jeux d’enfants, de voisins immédiats.
- Choix du mode de traitement :
- poudrage insecticide dans les galeries ;
- injection par canne ou lance spécifique ;
- traitement mixte si le nid a plusieurs sorties.
- Intervention aux bons horaires : généralement tôt le matin ou au crépuscule, quand la majorité des guêpes est rentrée au nid.
- Vérification dans les jours suivants : contrôle visuel de l’activité, éventuellement second passage si la colonie était très développée.
Tout cela se fait avec des équipements de protection adaptés (combinaison, gants, voile, bottes) et des produits homologués, dosés pour être efficaces sans sur-traiter l’environnement.
Et les guêpes dans tout ça : utiles ou nuisibles ?
En tant que passionné de nature, je me refuse à diaboliser systématiquement les guêpes. Elles jouent un rôle important dans l’écosystème :
- elles régulent de nombreux insectes (mouches, chenilles, larves de divers ravageurs) ;
- elles participent à la pollinisation, même si elles ne sont pas aussi efficaces que les abeilles ;
- elles font partie de la chaîne alimentaire (oiseaux insectivores, chauves-souris…).
La question n’est donc pas « Faut-il éradiquer toutes les guêpes ? » mais plutôt : « Ce nid-là, à cet endroit précis, est-il compatible avec une cohabitation raisonnable ? »
Dans un talus éloigné, sans passage, loin des habitations, il est parfois préférable de laisser le nid vivre son cycle. Un nid de guêpes est saisonnier : à l’automne, la colonie meurt, seules quelques reines fécondées survivent à l’hiver. Sur un jardin isolé, informé des risques, la tolérance peut être un choix écologique cohérent.
En revanche, dans un jardin familial, une école, la cour d’un immeuble ou à proximité d’un commerce, la lutte raisonnée passe par l’intervention : protéger les humains prime alors sur la préservation de ce nid particulier.
Prévenir l’installation de nouveaux nids au sol
Une fois le nid traité, l’enjeu est d’éviter de rejouer la même scène l’année suivante. Comme pour les rats, la prévention repose sur quelques grands principes.
Limiter les sites d’implantation :
- reboucher les anciens terriers et galeries dès qu’ils ne sont plus actifs ;
- stabiliser les talus, bords de massifs et murets qui s’effritent ;
- colmater les interstices sous les dalles, terrasses et escaliers extérieurs ;
- poser des grilles fines sous les terrasses bois pour limiter l’accès.
Réduire les attractifs alimentaires :
- éviter les poubelles mal fermées ou débordantes en plein été ;
- ramasser régulièrement les fruits tombés au sol ;
- couvrir les aliments sur la terrasse (barbecues, goûters, apéros…) ;
- nettoyer les zones de repas extérieures (tables, sols collants, restes sucrés).
Gérer les autres nuisibles :
- ne pas laisser une population de rats ou de mulots creuser le terrain sans réagir ;
- faire contrôler les abords de la maison par un professionnel en cas de doute ;
- maintenir un jardin entretenu, sans zones de friche incontrôlée collées à l’habitation.
On ne peut pas empêcher les guêpes de voler au-dessus du jardin, mais on peut nettement réduire l’intérêt de votre terrain comme site d’implantation.
Quand l’urgence impose d’appeler un pro sans attendre
Certains contextes ne laissent pas de place à l’hésitation :
- personne allergique aux piqûres dans le foyer ou le voisinage immédiat ;
- nid juste à côté de la porte d’entrée, du garage, du portail, de la boîte aux lettres ;
- présence de jeunes enfants qui jouent quotidiennement dans le secteur ;
- activité déjà agressive des guêpes, avec piqûres répétées ;
- surface du nid difficile à estimer (plusieurs entrées, galeries multiples).
Dans ces cas, faire appel à un professionnel n’est pas un aveu d’échec. C’est un choix responsable, exactement comme on le ferait pour un important problème de rats dans une copropriété.
Mon rôle, en tant que spécialiste des nuisibles, n’est pas « d’exterminer tout ce qui bouge », mais de vous aider à retrouver un équilibre vivable entre votre logement, votre jardin… et cette faune parfois envahissante qui profite de chaque occasion.
Un nid de guêpes enterré est typiquement le genre de situation où cet équilibre est rompu. Bien géré, il redevient un simple épisode de votre été. Mal géré, il peut laisser des souvenirs beaucoup plus douloureux.
Alors, si vous commencez à entendre ce bourdonnement sourd en passant la tondeuse ou en descendant les poubelles, posez-vous la question : suis-je encore dans une cohabitation acceptable, ou est-il temps de laisser un professionnel reprendre la main ?

