On parle beaucoup des rats, de leurs dégâts et des risques sanitaires qu’ils représentent. Mais il existe un envahisseur beaucoup plus discret… et parfois bien plus destructeur : les termites. Là où un rat laisse des crottes, du bruit et des câbles rongés, le termite, lui, peut ronger votre maison pendant des années sans presque aucun signe visible.
Alors, comment savoir si on a des termites chez soi ? Comment les repérer à temps, avant que la charpente, les plinthes ou les meubles ne soient gravement touchés ? En tant que spécialiste des nuisibles, je vous propose un tour d’horizon clair, concret et entièrement orienté “terrain” pour protéger votre maison avec la même vigilance que contre les rats.
Termites vs rats : deux nuisibles, deux stratégies d’invasion
Les rats et les termites ne se combattent pas sur le même terrain. Comprendre leur fonctionnement est essentiel pour bien les déceler.
Les rats :
- laissent des traces visibles (crottes, câbles rongés, nourriture grignotée) ;
- font du bruit (grattements dans les cloisons, le grenier, surtout la nuit) ;
- sont attirés par la nourriture, les déchets, les points d’eau.
Les termites :
- travaillent en silence, à l’abri de la lumière ;
- se nourrissent de bois et de matériaux contenant de la cellulose ;
- progressent souvent dans les sols, les murs, les vides sanitaires, sans se montrer.
Autrement dit : un rat vous “prévient” presque malgré lui de sa présence. Le termite, lui, se comporte comme un infiltré. Quand les signes deviennent évidents, les dégâts sont souvent déjà très avancés.
D’où l’importance de connaître les indices, même discrets, qui doivent vous mettre en alerte.
Les premiers signes discrets qui doivent vous inquiéter
Avec les termites, il ne faut pas attendre de voir un morceau de charpente s’effondrer. Les signaux précoces existent, mais ils demandent un minimum d’attention.
Voici les principaux signes, du plus subtil au plus flagrant.
Bois qui sonne creux : le test simple que tout le monde peut faire
Un des premiers réflexes à avoir est d’“écouter” vos bois. Pas besoin d’être charpentier.
Essayez ceci sur :
- les plinthes ;
- les encadrements de portes ;
- les escaliers en bois ;
- les poutres visibles ;
- les meubles anciens proches de murs ou en cave.
Tapotez doucement avec le doigt ou le manche d’un tournevis. Si :
- le bois sonne creux ;
- il semble “fragile” sous la pression ;
- une fine couche de bois cède rapidement, révélant un intérieur grignoté ;
… alors vous avez un signal d’alerte sérieux.
Les termites mangent le bois de l’intérieur en laissant parfois une mince pellicule en surface, ce qui rend le diagnostic visuel difficile. Le son creux est souvent l’un des premiers indices concrets.
Galeries et “cordons” terreux : la signature typique des termites
Là où les rats laissent des coulures grasses sur les murs le long de leurs passages, les termites laissent… des galeries.
Dans les maisons, on peut observer :
- des “cordons” ou “tubes” brunâtres sur les murs, les fondations ou les poutres, faits de terre, de bois broyé et de salive ;
- de fines galeries en relief, parfois verticales, reliant le sol à une pièce de bois ;
- des sortes de petites veines terreuses, souvent en zone discrète (derrière un meuble, dans un garage, near un vide sanitaire).
Ces cordons servent de tunnels de circulation protégés, à l’abri de la lumière et de l’air libre. Si vous en voyez, ne les arrachez pas immédiatement par réflexe : prenez une photo, notez l’emplacement et contactez rapidement un professionnel. Une destruction “sauvage” peut disperser les individus et compliquer le diagnostic.
Peinture qui cloque, plinthes qui se déforment : pas toujours un simple problème d’humidité
On pense d’abord à l’humidité lorsqu’on voit :
- des cloques sur la peinture ;
- des décollements de papier peint ;
- des plinthes qui gondolent légèrement ;
- des petites fissures étranges sur des éléments en bois.
Mais dans certaines maisons, ces symptômes sont en réalité dus à des termites qui ont attaqué le bois sous la couche de peinture ou derrière les revêtements.
Quelques signes qui orientent vers les termites plutôt que vers un simple problème d’humidité :
- les cloques semblent se produire sans tache d’eau ou fuite évidente ;
- en appuyant sur une plinthe ou un encadrement, le bois s’enfonce anormalement ;
- lorsqu’on ouvre la zone, on découvre un bois “feuilleté”, creusé de petites galeries fines.
Un professionnel pourra distinguer les altérations typiques des termites de celles liées uniquement à l’eau ou aux champignons.
Essaimages de termites ailés : quand les envahisseurs se montrent (un peu)
Dans le monde des nuisibles, l’équivalent du rat que vous voyez filer dans votre cuisine, c’est le termite ailé que vous trouvez autour d’une fenêtre.
Les termites ailés (appelés aussi “reproducteurs” ou “essaimants”) sortent généralement :
- au printemps ou au début de l’été ;
- par temps doux et humide ;
- souvent en fin de journée.
On les confond parfois avec des fourmis ailées. Pourtant, il existe des différences visibles à l’œil nu :
- leur corps est plus uniforme, sans taille très marquée comme chez la fourmi ;
- leurs ailes sont longues, presque de la même taille, et dépassent nettement l’abdomen ;
- leur couleur est souvent brun clair à sombre.
Indices d’un essaim de termites dans la maison :
- présence de petits insectes ailés près des fenêtres, porte-fenêtres, luminaires ;
- amas d’ailes tombées sur le sol, les rebords de fenêtre, près des plinthes ;
- apparition soudaine et massive sur une période très courte (un ou deux jours).
Si vous trouvez un matin de nombreuses petites ailes transparentes au sol, c’est un signal à ne pas prendre à la légère. C’est souvent le moment où la colonie est déjà installée depuis longtemps.
Fines poussières, petits débris : quand le bois “parle”
On associe généralement les sciures à d’autres insectes xylophages comme les vrillettes ou les capricornes des maisons. Mais certains signes peuvent aussi orienter vers les termites.
Surveillez notamment :
- de très fines particules de bois ou de matériau proche des plinthes ;
- des petits débris au pied des encadrements de porte ou des meubles collés aux murs ;
- des “poussières” répétitives qui reviennent même après nettoyage.
Les termites souterrains (les plus fréquents) laissent peu de sciure, mais certains types de termites ou d’autres insectes du bois peuvent en émettre. Dans tous les cas, un bois qui “perd” de la matière mérite une inspection sérieuse.
Zones à risque : où chercher en priorité dans la maison ?
Comme pour les rats, il existe des “points chauds” : des endroits où les termites ont plus de chances d’entrer ou de s’installer.
Les zones particulièrement à surveiller :
- les vides sanitaires, caves et sous-sols : milieux sombres, parfois humides, proches du sol ;
- les pieds de mur, notamment au niveau des fondations ;
- les pièces en rez-de-chaussée, surtout si le sol est carrelé directement sur terre-plein ;
- les garages et annexes avec charpente apparente ;
- les terrasses en bois, pergolas, abris de jardin accolés à la maison ;
- les passages de gaines, canalisations, fissures dans les maçonneries.
Si votre maison est dans une zone déclarée termitée par la préfecture (c’est le cas d’un nombre croissant de communes en France), la vigilance doit être permanente. Comme pour les rats en milieu urbain, ce n’est plus une question de “si”, mais de “quand”.
Termites et loi : vos obligations en tant que propriétaire
Les termites ne sont pas qu’un problème de charpente. En France, ils relèvent aussi d’une réglementation spécifique.
Selon les départements et les communes, vous pouvez être soumis à :
- une obligation de diagnostic termites lors de la vente d’un bien immobilier ;
- une obligation de déclaration en mairie en cas d’infestation avérée ;
- des arrêtés préfectoraux délimitant des zones infestées.
Ne pas signaler une infestation peut avoir des conséquences lors de la vente ou engager votre responsabilité en cas de propagation à des maisons voisines. Comme pour la dératisation dans certains secteurs, la lutte contre les termites est aussi un enjeu collectif.
Puis-je détecter les termites seul… ou dois-je faire appel à un pro ?
Beaucoup de propriétaires se demandent : “Est-ce que je peux attendre un peu, surveiller, et aviser plus tard ?”
Le problème, c’est que les termites n’ont pas la décence d’attendre votre décision. Pendant que vous hésitez, ils continuent de fragiliser la structure.
Vous pouvez faire seul :
- une inspection visuelle des plinthes, encadrements, boiseries ;
- le test du bois qui sonne creux ;
- la recherche de galeries terreuses et d’ailes tombées ;
- une surveillance régulière des zones humides ou des vides sanitaires accessibles.
Vous devriez faire appel à un professionnel si :
- vous avez observé un signe typique (ailes, cordons de terre, bois très affaibli) ;
- la maison est ancienne, en zone déclarée infestée ;
- vous envisagez des travaux (ou une vente) et souhaitez un état des lieux fiable ;
- vous avez déjà traité, mais des signes reviennent.
Le professionnel ne se contente pas de “regarder vite fait”. Il utilise :
- des méthodes de sondage adaptées ;
- un repérage méthodique des zones sensibles ;
- éventuellement du matériel spécifique (détection acoustique, thermographie, etc.).
Il peut aussi différencier une attaque de termites d’une attaque d’autres insectes du bois, ou de simples désordres liés à l’humidité.
Comment se déroule un traitement professionnel contre les termites ?
La logique générale n’est pas si différente de la lutte contre les rats : il faut stopper la colonie et sécuriser le bâtiment sur le long terme.
Les principales approches utilisées par les spécialistes :
- Traitement par forage et injection : des trous sont réalisés dans les murs, dalles ou sols, puis un produit anti-termites est injecté pour créer une barrière chimique continue autour de la maison ou dans les structures.
- Piégeage par stations appâts : des stations sont placées stratégiquement autour ou dans la maison. Les termites y consomment un appât spécifique qui perturbe leur développement et entraîne l’élimination progressive de la colonie.
- Traitement curatif des bois : pulvérisation ou injection directe dans les éléments en bois atteints (charpentes, poutres, planchers) avec des produits adaptés.
Le choix de la méthode dépend de nombreux paramètres : type de termites, architecture de la maison, niveau d’infestation, contraintes réglementaires, etc. Un peu comme pour la dératisation, il n’existe pas de “spray miracle” universel et instantané.
Prévenir l’installation des termites : réflexes à adopter au quotidien
On ne peut pas contrôler les termites dans tout le quartier, mais on peut rendre sa maison beaucoup moins accueillante, comme on le fait pour les rats en éliminant les sources de nourriture et les accès.
Quelques bonnes pratiques :
- éviter de stocker du bois de chauffage directement contre les murs de la maison ;
- limiter les zones de contact direct entre bois et sol (poteaux directement plantés, terrasses non protégées) ;
- surveiller et réparer les fuites d’eau, sources d’humidité chronique ;
- ventiler correctement les vides sanitaires, caves et sous-sols ;
- faire inspecter régulièrement les charpentes et boiseries, surtout dans les zones déclarées termitées ;
- garder un œil sur les constructions annexes en bois (abris, pergolas), qui peuvent servir de tremplin vers la maison principale.
Comme pour les rats, la prévention repose sur un principe simple : moins le milieu est favorable, plus le risque d’infestation diminue.
Quand agir : le bon timing pour protéger votre maison
Avec les termites, la question n’est pas de savoir si le problème est “urgent”, mais à quel point il l’est déjà. Chaque mois passé avec une colonie active augmente les dégâts et les coûts futurs.
Vous devriez envisager une intervention professionnelle sans tarder si :
- vous avez trouvé des galeries terreuses ou des cordons sur les murs ou les bois ;
- vous avez observé des termites ailés à l’intérieur de la maison ou leurs ailes abandonnées ;
- du bois sonne creux et se brise facilement, avec des galeries internes ;
- vous êtes en zone déclarée infestée et votre maison n’a jamais été contrôlée.
Face aux rats, on conseille souvent de ne pas attendre de “voir deux ou trois de plus” avant d’agir. Avec les termites, la même logique s’applique, mais en version silencieuse : l’absence de bruit ne signifie pas l’absence de danger.
En cas de doute, un diagnostic professionnel vous coûtera toujours moins cher qu’une charpente à refaire ou qu’un litige lors de la vente de votre bien. Et vous aurez surtout l’esprit plus tranquille, ce qui n’a pas de prix quand il s’agit de la solidité de votre maison.